A tort ou à raison

billets d'humeur informels sur le monde où l'on vit... un autre monde est-il possible ?

01 octobre 2007

Lettre d’un professeur au Président de la République

Objet de la lettre : réponse à la « lettre aux éducateurs » envoyée par M. Sarkozy à tous les éducateurs de France et reçue le mardi 25 septembre

Monsieur le Président

Tout d’abord, M. le Président, je souhaiterais vous remercier sincèrement de m’avoir adressée personnellement cette lettre. J’en ai été très touchée, mais je me suis demandée si cet envoi en nombre – nous sommes tout de même plus d’un million d’éducateurs - n’allait pas coûter trop cher aux français, surtout en cette période de « faillite » annoncée ! Bien sûr, je comprends votre désir de vous adresser directement au cœur des éducateurs, et l’argent ne doit bien sûr pas entrer en ligne de compte dans les affaires de cœur.

Vous ne m’en voudrez pas si je me permets de vous poser une question directe, M. le Président : cette lettre, l’avez-vous rédigée vous-même ou avez-vous eu recours à un « porte-plume » ? Parce que je n’y reconnais ni votre style, ni votre « culture », tout au moins dans les 27 premières pages.

J’en ai donc fait, hier, une lecture attentive et j’ai constaté, déçue, que les 27 premières pages  se bornaient à brosser un portrait – certes parfois lyrique mais est-ce suffisant - de ce qu’a été, de ce qu’est et de ce que devrait être notre école. Dans les constats que vous faites je n’ai, hélas, rien appris de bien nouveau. Il me faut tout de même vous faire remarquer qu’à un moment, vous faites preuve d’une grande ignorance de notre système scolaire. Vous dites « Je souhaite qu’ils (les élèves) apprennent obligatoirement deux langues étrangères… » comme si vous énonciez quelque chose qui allait révolutionner le système scolaire. Ne saviez-vous pas, M. le Président, que les élèves apprennent deux langues étrangères depuis fort longtemps, et que c’était d’ailleurs le cas lorsque vous étiez vous-même au collège… Cet oubli est fort compréhensible de votre part, M. le Président, car je me suis  laissée dire que vous n’aimiez pas les langues étrangères : n’avez-vous pas été « recalé » à Sciences Po à cause de l’anglais ? Mais j’y pense, cet été, pendant vos vacances aux Etats-Unis, comment avez-vous fait pour communiquer avec M. Bush qui est tout aussi incapable de parler le français que vous l’anglais ? Je vous ai pourtant vu en grande conversation avec lui sur certaines photos ? Feigniez-vous l’un comme l’autre ?

Finalement, c’est dans les quatre dernières pages de votre lettre, M. le Président, que j’ai enfin reconnu votre « style », peut-être avez-vous là vraiment travaillé avec votre « porte-plume » ?  Vos leitmotivs habituels – « résultats » « autonomie » - « efficace » - ponctuent votre conclusion  et j’ai très bien compris que vous vouliez diminuer les horaires des élèves afin de diminuer le nombre de professeurs et d’améliorer l’efficacité de notre travail d’enseignant.

Cependant, je dois vous avouer, M. le Président, qu’un passage de votre lettre m’a franchement fait rire aux éclats, était-ce voulu ? C’est celui où vous évoquez l’ « exemplarité » dont les professeurs doivent faire preuve ! Je vous cite « exemplaire par votre comportement, par votre tenue, par votre rigueur, par votre implication ». Je constate que vous nous exhortez, M. le Président, à être des « demi-dieux » alors que vous-même, pourtant à la tête de l’Etat, ne vous appliquez pas cette exemplarité que vous nous demandez… N’est-ce pas pour le moins curieux ?

Vous, pourtant le plus haut personnage de l’Etat,  n’êtes ni rigoureux – comment parler de rigueur  lorsque vous faites 15 milliards de cadeaux fiscaux aux français les plus riches alors que le budget de l’Etat est en déficit – ni exemplaire -  vous avez été pris à plusieurs reprises en flagrant-délit de mensonge, notamment dans l’affaire Villepin – je vous renvoie au Canard Enchaîné du mercredi 26 septembre -  et,  l’achat de votre appartement de Neuilly comme les travaux que vous y avez fait faire, sont pour le moins entachés de zones d’ombre… ( voyez toujours le Canard Enchaîné du 26 septembre). Hélas, il me faut en arriver à la conclusion que votre irresponsabilité « constitutionnelle » vous sert tout comme elle a servi M. Chirac. La rupture, dont vous avez fait votre cheval de bataille, vous a-t-elle finalement désarçonné ?

J’estime donc, M. le Président, qu’étant donné les mensonges répétés dont vous avez fait preuve à l’égard des français, n’avoir aucune leçon de « moral » - car c’est bien de moral qu’il s’agit ici -  à recevoir de votre part.

J’espère que vous ne m’en tiendrez pas grief, M. le Président, mais je suis au regret de vous retourner votre « lettre  aux éducateurs » au Palais de l’Elysée. Cela m’en coûtera un timbre, mais peu importe, je suis prête à payer, ce sera le prix de ma vérité.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect et dévouement dans les valeurs de la République.

Gballand

Posté par gballand à 07:29 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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