17 octobre 2007
Lettre imaginaire de Guy Môquet à M. Sarkozy
Je suis sûre que Guy Môquet se retourne dans sa tombe en constatant l’utilisation éhontée que M. Sarkozy fait de sa lettre.
D’outre-tombe, Guy Môquet pourrait sans doute envoyer, à notre Président, une lettre qui ressemblerait à celle-ci, car la mort nous réconcilie tous avec la vérité…
Monsieur le Président,
J’ai eu le temps de réfléchir depuis ma mort : 66 ans à ressasser ces dramatiques événements… 66 ans d’inlassables regrets aussi… Ces tracts que je distribuais au métro Gare de L’Est, je ne les distribuais pas pour dénoncer l’occupation allemande, non ! Faites un simple calcul : j’ai été arrêté en octobre 40 et le pacte germano-soviétique a été rompu en juin 1941. Dans ces tracts je dénonçais surtout les grands patrons et l’appât du lucre. Je ne suis pas le héros que l’on a voulu faire de moi pour des raisons que j’ai depuis analysées. Je n’étais qu’un enfant décidé à venger l’arrestation de son père et à changer la France, pour qu’elle devienne aussi belle que le pays de Staline…
Je me souviens d’avoir dit, avant d’être fusillé, « Je laisserai mon souvenir dans l'histoire, car je suis le plus jeune des condamnés… », ces mots sont ceux d’un adolescent qui essaie de se donner du courage avant de tomber sous les balles. J’ai pensé à mon frère, à mon père - à ma mère surtout - et mes larmes ont coulé pour tenter de sécher ma peur…J’ai eu si peur avant d’être passé par les armes… si peur que j’ai mouillé mon pantalon… si peur que j’ai crié MAMAN de toutes mes forces, puis je me suis écroulé !
Je dois vous dire, Monsieur le Président, que je préfère voir mon image ternie plutôt que d’accepter le mensonge que certains ont voulu faire de ma vie… Je vous saurai donc gré de ne pas faire lire cette lettre dans les lycées, puisque la RESISTANCE que je prônais n’était pas une résistance à l’occupation allemande, mais un appel à lutter contre l’oppression capitaliste et la misère. Pour souligner les valeurs de l’engagement et de la résistance, il eut mieux valu citer Sophie Sholl qui elle, a vraiment montré ce qu’était courage, force de volonté et détermination à l’intérieur même de l’Allemagne nazie…
Si j'étais professeur de lycée, je pense que je ne lirais pas ma lettre le 22 octobre car, elle ne symbolise pas les valeurs que l’on s’autorise à lui faire représenter.
En outre, je me permets d’ajouter, M. le Président, que votre politique économique et sociale qui accroît la misère et sert le grand capital, est bien loin des valeurs que les tracts que je distribuais à la Gare de l’Est prônaient. Je vous demande donc instamment, au nom de « l’honnêteté » - si ce mot à un sens pour vous - de cesser de vous servir de symboles qui ne vous appartiennent pas.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond dévouement aux valeurs de la République.
G. M.
Commentaires
N'ayons pas peur des mots, la façon dont Nicolas Sarkozy récupére la lettre de Guy Moquet s'assimile à du révisionnisme historique.
les cons !
http://www.travailleravecdescons.com
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