Voici ce qu’écrivait cet auteur en 1991 dans la revue Esprit dans un article intitulé « Le délabrement de l’Occident »

 « De même que l’Occident contemporain, l’ »individu » libre, souverain, autarcique, substantiel n’est guère plus, dans la grande majorité des cas, qu’une marionnette accomplissant spasmodiquement les gestes que lui impose le champ historique : faire de l’argent, consommer et « jouir » (s’il y arrive…). Supposé « libre » de donner à sa vie le sens qu’il « veut », il ne lui « donne », dans l’écrasante majorité des cas que le « sens » qui a cours, c’est à dire le non-sens de l’augmentation indéfinie de la consommation. Son « autonomie » redevient hétéronomie, son « authenticité » est le conformisme généralisé qui règne autour  de nous.

Cela revient à dire qu’il ne peut pas y avoir d’ « autonomie » individuelle s’il n’y a pas d’autonomie collective, ni de « création de sens » pour sa vie par chaque individu qui ne s’inscrive dans le cadre d’une création collective de significations. Et c’est l’infinie platitude de ces significations dans l’Occident contemporain qui conditionne son incapacité d’exercer une influence sur le monde non occidental, de contribuer à l’érosion de l’empire des significations religieuses ou similaires dans celui-ci. »