Extraits du livre de Gustave Le Bon, « psychologie des foules » publié en 1895.

 

« Aussi, quand les foules, à la suite de bouleversements politiques, de changements de croyances, finissent par professer une antipathie profonde pour les images évoquées par certains mots, le premier devoir du véritable homme d’Etat est de changer ces mots sans, bien entendu, toucher aux choses en elles-mêmes. Ces dernières sont trop liées à une constitution héréditaire pour pouvoir être transformées. Le judicieux Tocqueville fait remarquer que le travail du Consulat et de l’Empire consista surtout à habiller de mots nouveaux la plupart des institutions du passé, à remplacer par conséquent des mots évoquant de fâcheuses images dans l’imagination par d’autres dont la nouveauté empêchait de pareilles évocations.

La taille est devenue contribution foncière ; la gabelle, l’impôt du sel ; les aides, contributions indirectes et droit réunis ; la taxe des maîtrises et jurandes s’est appelée patente, etc. 

Une des fonctions les plus essentielles des hommes d’Etat consiste donc à baptiser de mots populaires, ou au moins neutres, les choses détestées des foules sous leur ancien nom.»

 

« Lorsqu’une affirmation a été suffisamment répétée, avec unanimité dans la répétition, comme cela arrive pour certaines entreprises financières achetant tous les concours, il se forme ce qu’on appelle un courant d’opinion et le puissant mécanisme de la contagion intervient. »

 

« Grâce aux croyances générales, les hommes de chaque âge sont entourés d’un réseau de traditions, d’opinons et de coutumes, au joug desquelles ils ne sauraient échapper et qui les rendent toujours un peu semblables les uns aux autres. L’esprit le plus indépendant ne songe pas à s’y soustraire. Il n’est de véritable tyrannie que celle qui s’exerce inconsciemment sur les âmes, parce que c’est la seule qui ne puisse se combattre.’